04 Sep 2018

Gaël Guilloux est ingénieur, designer et chercheur en innovation, développement durable et santé. Il travaille notamment sur la qualité de vie – sociale, santé, environnementale – des usagers au sein du Design Lab Care de l’École de Design Nantes Atlantique.

À l’heure où le terme est très largement utilisé dans les politiques publiques, que signifie aujourd’hui « construire responsable » pour vous ?
Du point de vue de l’ingénieur, je dirais qu’il s’agit de sélectionner l’ensemble des matériaux et des process dans le respect des critères environnementaux et des conditions sociales. On sera ainsi attentif aux conditions de travail des ouvriers du bâtiment, à la transparence dans les affaires, à la création d’emploi sur site, ou encore à l’utilisation par les populations qui l’occuperont. Par exemple, ces critères sont définis par la norme ISO 26000 qui régit la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). Construire responsable, c’est aussi veiller à l’ensemble du cycle de vie du bâtiment et de ses matériaux, de l’extraction au recyclage. Désormais, on est responsable des matières que l’on extrait par les décisions prises en construisant un bâtiment. On influe également sur son recyclage en fonction des procédés de construction du bâtiment.
Du point de vue du designer, je cherche à identifier comment une construction répond aux besoins et aux attentes – explicites et implicites – des usagers finaux mais aussi à l’ensemble des parties prenantes du bâtiment.
Comment faire en sorte que la proposition technique induise les bons comportements en termes d’usage et, notamment, d’usages responsables, pour l’ensemble des interventions sur le bâtiment, tout au long de son cycle de vie.
Si on veut proposer des bâtiments réellement responsables, on ne peut pas faire sans ceux qui les utilisent. Un bâtiment doit entrer en adéquation avec un projet de vie, et un projet de vie qui rend responsable.
On a beau avoir les meilleures intentions techniques, si les usagers n’en comprennent pas le sens, l’effet sera nul.
Certains bâtiments sont conçus pour avoir un fonctionnement thermique idéal… seulement avec les fenêtres fermées. Si on ouvre les fenêtres alors le bâtiment devient inefficace d’un point de vue thermique !

Au regard de la complexité des normes et des réseaux d’acteurs, construire responsable n’est-il pas finalement un vœu pieux ?
Oui cela peut sembler compliqué quand on intègre une complexité de critères. L’approche du design est un outil utile pour faciliter la prise en compte de l’ensemble des critères sur un projet de construction.
On ne peut pas toujours tout faire correctement du premier coup. Cela demande une capacité intégrative des limites et des opportunités en adoptant une vision globale du projet ainsi qu’une stratégie à court, moyen et long terme.
Mais au final, rien ne l’empêche aujourd’hui si ce n’est, peut-être, cette peur de voir se construire uniquement des bâtiments standardisés que l’on répliquerait partout, sur tous les territoires.
Construire responsable dans notre monde nécessite un engagement fort des clients et l’acceptation d’un surcoût éventuel. Or, il faut rappeler que le coût des matériaux et de leurs composants n’intègre pas leur dommage à l’environnement alors que les matériaux et les composants écologiques ou responsables intègrent le coût de ce dommage puisqu’ils ont été conçus pour en causer le moins possible.
Par conséquent, la grande question d’actualité est : comment vendre une autre expérience du bâtiment qui donne une autre valeur et permet donc une meilleure acceptation du coût ? On ne vend alors ni les mêmes valeurs, ni les mêmes fonctions.
Il faut donc absolument différencier un bâtiment traditionnel d’un bâtiment responsable pour faire en sorte que le bâtiment traditionnel ne soit plus une référence coût et que le bâtiment responsable devienne une référence valeur.
L’apport du design et de l’architecture dans la définition de l’esthétique, des espaces, de la forme, des fonctions est un atout dans cette perception de valeur. Notons qu’il ne faut pas qu’elle se limite simplement à l’esthétique extérieure du bâtiment. Cette seule action a un impact réceptif très fort sur les usagers du bâtiment.

Quelles sont les innovations écoresponsables qui ont retenu votre attention récemment ?
Je vois des tendances très intéressantes se développer, telles que des bâtiments avec des technologies de production d’énergie autonome (exemple des algues qui produisent de l’électricité dans les murs avec le soleil), le choix des hauteurs de plafond à 2,70 m pour le bien-être, des habitations collectives qui comprennent un appartement ou une pièce en commun pour les visiteurs des résidents…
Il faut surtout que les personnes s’entendent et que les différents acteurs s’écoutent pour continuer à développer une approche sociale et environnementale commune de la construction.
La construction modulaire est à considérer très sérieusement car elle permet des usages compatibles avec les nouveaux modes de vie. Elle offre la possibilité de rendre le bâtiment évolutif, d’intégrer des technologies toujours plus innovantes – sources de comportements responsables et moins impactantes sur l’environnement – mais également d’accroître sa durée de vie avec plusieurs usages et destinations tout au long de son cycle de vie.

Interview extrait de C_La Revue#4
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